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DECRET N° 2005-990 du 21 octobre 2005

DECRET N° 2005-990 du 21 octobre 2005 Relatif à l’orthographe et la séparation des mot en seereer

RAPPORT DE PRESENTATION

L’objectif de faire des langues nationales sénégalaises des langues de culture et, par la même occasion, de donner plus de moyens et d’efficacité à l’éducation, à la modernité et aux efforts de développement, exige que ces langues soient écrites, introduites dans le système éducatif et utilisées dans la vie officielle et publique.

L’écriture du seereer a très tôt bénéficié d’efforts isolés comme ceux de pères de l’Eglise catholique du Sénégal pendant la période coloniale. Depuis les années 60, avec l’adoption concertée des caractères latins et l’écriture de cinq autres langues nationales, l’orthographe du seereer et l’alphabétisation dans cette langue ne cessent de s’améliorer.

Le seereer a d’abord fait l’objet du décret n° 75.1025 du 10 octobre 1975 qui avait pour objectif de satisfaire le besoin de principes et règles d’écriture régissant cette langue. Mais l’état actuel des connaissances et de la pratique sur la langue seereer ne permet plus de se satisfaire des seules dispositions.

C’est ainsi qu’à l’occasion de la 29e Semaine nationale de l’Alphabétisation, ce décret a été revu, complété et remis à jour, lors de l’atelier des 7 et 8 septembre 2004, en tenant compte des acquis de la pratique, de la dimension dialectale ainsi que des avancées de la recherche et de la production dans la langue.

Telle est l’économie du présent projet de décret.

Le President de la Republique :

Vu la Constitution, notamment en ses articles 1er, 8 et 21 ;

Vu la loi n° 77-55 du 10 avril 1977 relative à l’application de la réglementation en matière de transcription des langues nationales ;

Vu la loi 91-22 du 16 février 1991 portant loi d’orientation de l’Education nationale, modifiée ;

Vu le décret n° 71-566 du 21 mai 1971 relatif à la transcription des langues nationales abrogeant le décret 68-871 du 24 juillet 1968 et complété par le décret n° 72-702 du 16 juin 1972 ;

Vu le décret n° 75-1025 du 10 octobre 1975 fixant l’orthographe et la séparation des mots en seereer ;

Sur le rapport du Ministre de l’Education,

Decrete :

Article premier. - Les règles qui régissent l’orthographe et la séparation des mots en seereer sont fixées par le présent décret. Les exemples sont pris dans les différents dialectes.

Chapitre premier.- L’alphabet

Art. 2. - L’alphabet seereer compte trente trois lettres dont vingt huit consonnes et cinq voyelles, selon l’ordre alphabétique suivant :

Minuscules
Majuscules
Exemples
Traduction
1.

a
A
at
amener
2.

b
B
bind
écrire
3.
b
B
baak
pain de singe
4.
c
C
cal
rires
5.

c
C
coox
souris
6.
d
D
duuf
semer
7.
d
D
deet
regarder
8.
e
E
fel
êtreagréable
9.

f
F
famb
tam-tam
10.
g
G
goon
foin
11.
h
H
hand
mamelle
12.
i
I
inoox
se lever
13.

j
J
jan
corne
14.
k
K
kam
dans/dedans
15.
l
L
lim
compter
16.
m
M
maad
roi
17.

n
N
nof
oreille
18.
ñ
Ñ
ñiig
éléphant
19.
ŋ
Ŋ
ŋas
jouer
20.

o

O
onj
suer
21.
p
P
pis
cheval
22.
p
P
petik
cinq
23.

q
Q
qol
champ
24.
r
R
raatam
barbe
25.
s
S
semb
trou
26.
t
T
toon
bouillie de mil
27.
t
T
tik
deux
28.
u
U
un
piler
29.
w
W
wondox
se coucher
30.
x
X
xaad
rentrer
31.
y
Y
yen
tomber
32.
y
Y
yax
mâcher, croquer
33.
 ?
a’aa/ha’aa !
non !

Les consonnes sont : b, b, c, c, d, d, f, g, h, j, k, l, m, n, ñ, n ; p, p, q, r, s, t, f, w, x, y, y, ’

Les voyelles sont : a, e, i, o, u.

Chapitre II. - La phonologie

Art. 3. - L’occlusive glottale est représentée par l’apostrophe (’). Elle est notée devant le déterminant possessif in lorsque ce dernier est immédiatement postposé à un substantif, pour marquer le passé et le passif 2e pers du singulier, ainsi que dans quelques rares lexèmes.

Exemples :

faap ’in

« notre père »
gar’aam
« j’étais venu »
fadee’/nafe’ 
« tu es frappé »
a’aa/ha’aa
« non ».

Art. 4. - en seereer, la gémination se rencontre dans de rares cas au niveau lexical. Cependant, elle est fréquente en frontière de morphèmes. Elle est notée par le redoublement de la consonne.

Exemples :

callel « travail »/calel « ce qui est risible »

daannoor (daan « dormir » + noor (factifif)
« endormir ».

Art. 5. - Il existe cinq consonnes prénasales en seereer. Pour les orthographier, la lettre m est retenue devant la labiale b, et la lettre n devant d, g, j et q.

Exemples :

mb =>

mbaal
« mouton »
nd =>
mbind
« maison »
ng =>
ngaaf
« mil »
nj =>
njong
« lit »
nq =>
nqel
« arbre à palabres »

Art. 6. - La longueur vocalique, pertinente en seereer, est notée par le redoublement de la voyelle. Toutes les voyelles brèves ont leurs correspondances longues :

Brèves

Exp.
Traduction
Longues
Exp.
Traduction
a
bak
« ramener à soi »
aa
baak
« pain de singe »
e
fel
« être bon »
ee
feel
« frapper avec le plat de la main »
i
bir
« traire »
ii
biir
« râcler »
o
bor
« glisser le long de »
oo
boor
« effeuiller, enlever »
u
xut
« dépecer »
uu
xuut
« (variété d’herbe) »

Chapitre III. - Le nom et ses déterminants

Art. 7. - Le seereer est une langue à classes nominales. Tout élément qui détermine un nom en est séparé.

Exemples :

o maad

« un roi »
fa ndim fee/faye/fane
«  l’enfantement »
muud um
« sa chance »
o pog’in
« notre parent »
taxar tik
« deux arbres »
ndaxar tikandeer
« un deuxième arbre »
ndaxar lakas
« un autre arbre »
ndaxar num ?
« quel arbre ? ».

Cependant les suffixes possesssifs -es -of et -um des 3 premières personnes du singulier sont rattachés à la base nominale, donnant ainsi lieu à des formes contractées.

Exemples :

o piy es

o pees
« mon fils »
o piy of
o peef
« ton fils »
o piy um
o peem
« son fils »
o tew es
o tees
« mon épouse »
o tew of
o teef
« ton épouse »
o tew um
o teem
« son épouse »

Art. - 8. Dans la conjugaison, l’occlusive glottale se note également pour marquer le passé et à la finale de la marque -ee’/e’ du passif (à la 2e personne du singulier).

Exemples :

ret’aam

« j’étais parti »
fadee’/nafe’
« tu es frappé ».
ga’’aam
« j’avais vu »
fi’’aam
« j’avais fait ».

Art. 9. - Lorsque la forme infinitive du verbe se termine par une voyelle suivie de l’occlusive glottale, cette dernière n’est pas notée à cette position parce qu’elle est prévisible. Mais quand le verbe est conjugué, la glottale est notée.

Exemples :


[ga ?]

ga
« voir »
ga’aam
« j’ai vu »

[fi ?]
fi
« faire »
fi’aam
« j’ai fait »

Art. 10. - Quand ils sont post-posés au radical verbal, les pronoms personnels et autres morphènes lui sont suffixés.

Exemples :

lay « parler » + -a- (accompli) + am « je »
=> layaam « j’ai parlé »

lay « parler » -k- (futur) - eer (négation)
=> laykeer « il ne parlera pas »

lay « parler -k- (futur ) -ir (négation) -aam
(« me » pronom objet)
=> laykiraam « il ne me parlera pas ».

Cependant les pronoms personnels objets des trois personnes du pluriel sont toujours séparés du verbe.

Exemples :

a xooya a in

« il nous a appelés »
a xooya a nuun
« il vous a appelés »
a xooya a den
« il les a appelés ».

Chapitre V. - La dérivation et la composition

Art. 11. - Qu’il s’agisse de verbes ou de noms dérivés, les morphèmes dérivatifs sont toujours affixés au radical.

Exemples :

jeg « avoir » + -at (itératif) => jegat
« avoir de nouveau »
lay « parler » + -ik (déplacement) => layik

« aller dire »
mos « beau » + -el (abstractif) => mosel
« beauté »

caa (agentif) + jal « travailler » => caajal « travailleur ».

Art. 12. - Dans les noms d’agents formés à partir d’un radical verbal redoublé à initiale vocalique, un trait d’union est inséré entre la voyelle réduplicative et le radical verbal.

Exemples :

as « conseiller » =>
o aa-as « un conseiller »
un « piler » =>
o uu-un « une pileuse ».

Art. 13. - Dans la composition, lorsque le mot composé est formé de deux substantifs ou lorsqu’il y a redoublement du radical, les éléments de la composition sont séparés par un trait d’union.

Exemples :

box « chien » + joxaam/johaam/juwaam « océan »
=> box-joxaam « requin »
las « queue » + koy « singe »
=> a las-a koy (variété d’herbe).

nem-nem « éponge végétale »

lon-lon « boucle d’oreille ».

Art. 14. - Lorsque les termes du composé sont reliés par un élément de liaison ou de conjugaison, on met un trait d’union de part et d’autre de cet élément.

Exemples :

gin « être rassasié » + -a « il » weec « oublier » => giñ-a-weec « ingrat »
sal « intersection » + -ee- (mot de liaison)
=> sal-ee-
sal « pantalon ».

Chapitre VI. - Les signes et la ponctuation

Art. 15. - Pour délimiter la phrase et ses composantes, le seereer adopte les signes et les valeurs de la ponctuation en usage en français, tout en respectant la structure de la langue.

Les signes sont :

Français

Signes
Seereer
Point
.
toq
Virgule
,
noroc
Point virgule
 ;
toq-noroc
Deux points
 :
toq fik
Points de suspension

toq tepatiru
Point d’interrogation
 ?
toq laamit
Point d’exclamation
 !
toq njaaxid
Tiret
-
a piis
Trait d’union
-
a piis-a pokat
Parenthèses
( )
à ting
Guillemets
« »
nof
Accent circonflexe
^
o maxana
Tilde
 
a yaand
TEXTE D’ILLUSTRATION

O xooy saltigi

O maad a moofangaa boo foofi a nak, boo ta dom, ta fokat wiin we fop no kom naa moyanuuna ; a fokat saltigi ke fop, we njegna o and fop. Da ngaroyo a mbokatooriid. Oxuu ga’oona a lay ke ta ga’na, ke ta andna no ke helna jeg no ndiig ne.

TRADUCTION
Une convocation de devins

Un roi, après avoir constaté que la sécheresse prend des proportions pénibles, convoque tous les divins, tous ceux qui ont un savoir. Ils viennent et se rassemblent. Chacun dit ce qu’il a vu et ce qu’il sait de ce qui va arriver pendant l’hivernage.

Art. 18. - Sont abrogées toutes dispositions contraires au présent décret, notamment le décret 75.1025 du 10 octobre 1975.

Fait à Dakar, le 21 octobre 2005.
Abdoulaye WADE.
Par le Président de la République :
Le Premier Ministre,
Macky SALL.